Paris, le 16 juillet 2010
Chers amis-lecteurs,
Ca va bien ?? Bon, on s’est bien amusé ensemble à chicaner autour des médias mais il est temps de conclure.
L’ère des trolls n’est pas près de se terminer car disons-le comme le sociologue Antonio A. Casilli :
“Les trolls court-circuitent l’espace public”
Pour ce dernier article, j’ai donc décidé d’être fair-play et de vous montrer qu’on a beau être troll, on peut quand même être open à la discussion.
Voici les quelques mots que j’ai échangé avec Henry Jenkins... notamment sur sa définition in-progress du transmédia.
A vous de bien juger !

Miss TrollMédia : I read your book « Convergence Culture » and noticed during your lecture at Centre Pompidou that your definition of transmedia is a bit different than a couple of years ago…. Your examples of transmedia storytelling now appear wider and more commercially oriented.
Is it due to excessive pressure from marketing agencies?
Henry Jenkins : The definition is wider, perhaps, than in the book. We’ve seen six years of development in the name of transmedia since the book was published. I described The Matrix franchise as a kind of experiment in a new kind of storytelling. Now there are many people who are consciously producing transmedia.
As an academic theorist, my goal is to try to describe, categorize, and explain these developments. There have certainly been developments by commercial producers, both brands and franchises, and this is part of the story of transmedia. But, there have been developments by other groups also.
For example, by educators or activists or independent artists, which are also part of the expanded scope of transmedia. I would say this is where the most dramatic expanasion of my theory has taken me. Another stop on this tour I spoke about Occupy Wall Street as a kind of transmedia franchise, a very provocative notion, but one which is scarcely simply an extension of market logics. And perhaps the biggest expansion: I am thinking more deeply about what happens when fans are considered as unofficial extenders of transmedia narratives. To do so, we have to shift from a focus on continuity to a focus on multiplicity, which does radically rewrite the original definition.
Miss TrollMédia : Transmedia storytelling needs a strong cultural universe. The Centre Pompidou, a multidisciplinary Center which is a crossroad between contemporary art, dancing, theatre and other cultural forms, has this strong cultural potential.
Do you think a French institution could use patrimonial contents to create transmedia storytelling knowing the strong confines regarding the funding by the state? Even with the commercial turnaround ?
Henry Jenkins : That’s a really interesting question. Of course, the rich contents of French culture lend themselves to transmedia, although the desire to defend and close off those contents from outside influences also create challenges, since transmedia is at its roots participatory and generative. I would argue that some of the contents of French culture are already deeply transmedia. We could talk about the church culture which produced Notre Dame as one which was seeking every available channel from which to proclaim God’s Word and which embraced artists who remixed core icons and stories of their culture to create new works.
We could look at writers such as Hugo or Balzac as master world builders, who incorporated many existing stories into their works. So, Hugo sets his Hunchback inside the world of Notre Dame, thus extending the story it tells in new directions, where-as another author sets Phantom of the Opera in the basement and sewers of the Paris Opera House.
So, French culture has a long history of transmedia extensions and explorations, and there’s time for a new generation to enter into this process. But, in a networked culture, transmedia is not simply a conservative force, not simply about transmission, so having gone there, French culture can not work with a logic which treats the original author as a god or which seeks to police the borders of who wants to participate. You can transmit French culture to the world, but then, paradoxically, it will become world culture.
Biographie
Henry Jenkins est Professeur of Communication, Journalism, and Cinematic Arts à l’University of Southern California. Pionnier des études sur les fans, théoricien célébré de la culture de la convergence, il a repensé l’écosystème médiatique à l’aune du tournant participatif, marqué par l’essor des productions transmédiatiques. Passée la phase utopiste, ces dernières s’inscrivent dans un paysage de plus en plus diversifié, traversé par une même culture en réseau. Il anime le blog http://www.henryjenkins.org/ et le compte twitter @HenryJenkins.
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Bonne route les amis, transmédiens ou non, webeux et webeuses de tous horizons.
Kissoux-lolez-vous les uns les autres,
Vôtre MTM.
Paris, le 25 juin 2012
Chers lecteurs,
Cela fait déjà 1 mois que Henry Jenkins, ce fameux, fameux théoricien des médias est venu précher la bonne parole transmédia au Centre Pompidou. Cela fait donc déjà 1 mois mes amis que je vous mets au défi... et que nombre d’entre vous me taquinent et cherchent à reconstituer mon adresse postale.
Pour la peine, moi qui aimerais bien condamner ma boîte aux lettres, je suis allée interviewer un spécialiste du courrier : Laurent Albaret, historien de la Poste contemporaine.
A vous de bien juger !

MissTrollMédia : Tu es un homme du passé, et tu as l’impression qu’il existe un âge d’or de la poste où les valeureux postiers étaient juchés sur des coucous pour traverser l’océan et remettre des immondes morceaux de papier à leurs destinataires. Soyons honnête, tu te rends bien compte que, quand même, la relation épistolaire empêchait le vrai lien entre les gens ? Qu’elle ne permet pas de discuter, d’échanger et que ce moyen primitif a bien fait de disparaître au profit des échanges par internet et des courriels ? Et puis, contrairement au web qui véhicule une vraie culture… comment dire… c’est pas comparable !
Laurent Albaret : L’histoire de La Poste est bien plus riche que tu ne le crois, chère MissTroll. Elle remonte au temps médiévaux et elle est à l’origine des réseaux, en quelque sorte sociaux, puisque réseaux de courriers et d’échanges, installés notamment par les moines, au XIe siècle puis organisés dans la Poste royale au XVIe siècle.
Je te ferai grâce du discours historique sur la présence postale lors des révolutions, française ou industrielle, et l’importance du courrier durant les conflits, et ce dès la guerre franco-prusienne de 1870-1871. En ce temps, le “vrai lien” que tu revendiques entre les gens était brisé… par la guerre et le blocus de Paris. Pour garder un contact et avoir des nouvelles, précieuses pour leur moral, les habitants de la capitale écrivaient à la province, faisant passer leurs courriers par les ballons montés affrétés par l’administration des Postes ou par les pigeons voyageurs des colombophiles nordistes ! En 1914, le courrier prend une place importante dans le quotidien de la nation. Dès 1915, la guerre de position devient souffrance physique et épreuve morale pour les soldats.
L’écriture quotidienne est une sorte de thérapie qui permet d’extérioriser l’horreur du combat et la mort brutale de ses compagnons d’armes. Dans l’entre-deux-guerres, quand l’acheminement du courrier se fit aérien - pour gagner du temps - puis transcontinental, voire transocéanique - avec des liaisons aéropostales entre la France et l’Amérique du Sud , l’échange épistolaire ne fit que progresser en quantité, obligeant les compagnies aériennes à multiplier les rotations entre continents, avec une devise chère à la Compagnie Générale Aéropostale des Mermoz, Guillaumet, Vachet ou Saint-Exupéry : “le courrier doit passer à tout prix”. Entre 1920 et 1940, par le transport, la Poste fournit plus de la moitié de ces recettes à Air France !
Certes, le web permet un échange plus rapide, fait disparaître les distances et l’avenir des nouveaux postiers est en partie dicté par les technologies de l’information… mais cela n’a pas tué pour autant le courrier épistolaire ou le fret postal aérien. Les liaisons aéropostales sont couplées aujourd’hui avec le transport des passagers, mais elles sont toujours présentes et la masse de courrier est toujours conséquente. Quant à la culture qui t’est chère, la Poste la véhicule en permanence par… le timbre-poste : outil d’information, porteur d’histoire - parfois de propagande - mais objet d’art par excellence quand il est gravé ou imprimé en petite quantité pour les timbres-poste du programme philatélique. Le plus petit objet d’art pour 0,60 € … peux-tu trouver mieux ?
MissTrollMédia : Comme tu le sais, j’ai invité les espèces de morveux qui veulent me prouver que le transmédia existe à m’envoyer une preuve via la poste. Je suis assez certaine que personne ne pourra le faire car la poste n’a jamais été fiable et qu’en plus elle est moribonde. Tu es d’accord avec moi pour dire que le numérique et l’Internet ont rendu complètement caduques les missions de La Poste et qu’elle n’est pas capable de s’y adapter ?
Laurent Albaret : La Poste, que ce soit au temps de la Poste royale, de l’administration des Poste ou du groupe multi-services qu’il est devenu aujourd’hui, a construit ses compétences et sa confiance sur sa fiabilité et sa régularité dans l’acheminement des dépêches - le terme technique pour les sacs de courrier. Je ne te citerai qu’un exemple qui annihile tes idées reçues. En 1848, l’administration des Postes annonce que, désormais en France, tout pli posté devra être revêtu d’une vignette pour la taxe d’acheminement - un timbre-poste - à compter du 1er janvier 1849. Non seulement la population française accepte cette décision et achète des timbres dans les bureaux de poste pour mettre sur son courrier, mais, pour la première fois dans l’histoire, une administration se fait payer un service alors qu’il n’est pas encore rendu ! La raison est simple : le citoyen a confiance car il sait que la Poste lui acheminera le courrier sans faute à son destinataire. Quant à l’aspect “moribond” de La Poste du XXIe siècle dans sa mission d’acheminement du courrier, il ne faut pas exagérer ! La Poste est, sera, parce qu’elle a toujours été au service des Français.
Aujourd’hui, La Poste, organisé en Métiers dont celui du Courrier, transporte annuellement plusieurs millions de lettres et colis chaque jour ! Pour te donner une idée forte, la Marianne, le petit timbre-poste d’usage courant que tu mets sur ton courrier - quand tu délaisses les timbres de collection pour le courrier que tu postes, car tu en postes - est imprimée à quatre milliards d’exemplaires chaque année. L’adaptation à l’Internet est également un des enjeux de La Poste. Deux exemples récents qui montrent la modernité du Groupe dans l’acheminement de l’information : la Lettre recommandée en ligne et l’Identité numérique pour la réception et la lecture des lettres recommandées au format électronique. Preuve de l’adaptation d’une des missions de La Poste : acheminer le courrier… à tout prix.
Biographie
Ancien conservateur à l’Adresse Musée de La Poste chargé de la veille et de la stratégie patrimoniale, Laurent Albaret (@laurentalbaret) est directeur du Pôle numérique de Phil@poste, une des entités du groupe La Poste. Il est à l’origine du site leportaildutimbre.fr et des réseaux sociaux liés (twitter @portaildutimbre notamment). Médiéviste de formation et historien de La Poste contemporaine, ses thèmes de travail sont l’aéropostale et la Poste pendant les conflits. Laurent Albaret est co-auteur avec le dessinateur Jacques Tardi de l’ouvrage “Guerre et Poste - L’extraordinaire quotidien des Français en temps de guerre 1870-1945” (éd. Casterman, 2007).
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Allez, je vous fais des Kissoux-bisoux
A très vite,
MTM
PS: Vous trouvez que j’exagère avec mes discours ?? Alors jouez à “Eduque le troll” et tentez de gagner une entrée à la conférence internationale Crossroads in Cultural Studies 2012 et le premier ouvrage traduit en français de Henry Jenkins en relevant mes défis !
Paris, le 21 juin 2012
Chers lecteurs,
Blabla-journalisme ou data journalisme ? J’en parlais ici. Mais le journalisme est-il à la portée de tous grâce au journalisme de données ?
Voyons un peu ce qu’en pense le reporter du web @NicolasLoubet, celui qui aime bien faire de la data visualisation pour expliquer le monde… Mais est-ce bien suffisant ?
A vous de bien juger !

Miss TrollMédia : Je suis une grande journaliste – même si je t’interviewe, mais il faut bien parfois se mêler au bas peuple, non ?! Maintenant, le data journalisme me permet de faire du grand reportage sans avoir à bouger de mon fauteuil. Le mieux, c’est que je n’ai même pas à vérifier mes sources puisque ce qui est sur le web est forcément vrai. En ce sens, tu es assez d’accord pour dire que tout le monde est journaliste ?
Nicolas Loubet : Tout le monde peut être reporter. Aucun doute (à mon humble avis…). Mais comme l’exprime Xavier Damman dans ce tweet : “Nous avons encore besoin de journalistes pour raconter des histoires basées ce qui est reporté” (voir ce storify pour l’histoire complète).
Ce que je trouve très intéressant dans la période que nous vivons, c’est que certains journalistes ont intégré l’importance des “communautés de reporters” (des gens qui captent, commentent, complètent, fournissent des données ; voir l’opération Sodas du moment).
Si on met cette tendance en concordance avec le phénomène de mutualisation des compétences - le fait d’associer aux journalistes des designers, graphistes, codeurs, statisticiens, etc. pour travailler sur des “expériences médiatiques” (e.g. avec Le Véritomètre d’OWNI) - on fait apparaître un changement de posture du journaliste : il devient un “vrai” manager (comme un réalisateur ou metteur en scène).
Ce changement de posture ouvre un champ des possibles excitant ! Si on prend acte de l’explosion des services tiers pour s’informer - lire ce post (provocateur !) - on a de plus en plus de startups qui se créent dans le but de renouveler la manière de “vivre l’actualité” & d’engager les communautés. A ce titre, ça me semble très intéressant de pointer les récents projets récompensés par la Knight Foundation :)
Miss TrollMédia : Ce qui est bien avec l’Internet, c’est qu’il n’y a pas de modèle économique. Via le data journalisme, le journalisme devient quelque chose de désintéressé qui ne produit pas et ne dépense pas d’argent. C’est la fin d’une opinion muselée par un quatrième pouvoir à la solde des trois autres. L’Internet libère le data journalisme qui est enfin complètement objectif – de toute façon, une donnée ne peut pas mentir. C’est un beau progrès, n’est-ce pas ?
Nicolas Loubet : Heu… Tout bien considéré, le “data journalisme” semble être encore un épiphénomène dans le paysage…
Pour rebondir sur la fin de ma première réponse : il est désormais acté que l’avenir se joue dans l’innovation (notamment des usages !). Le seul “progrès” que je perçois, c’est une immense diversification des approches, des angles, des formats (à ordonner peut-être)… Cela ouvre la possibilité de couvrir un spectre beaucoup plus large de sujets et d’usagers. Sur le plan sociétal, je m’en réjouis (sans retenue ^^).
Pour le reste, cette question est intéressante car elle appuie là où ça fait le plus mal : le business model.
En bonne inspiration de Nicolas Voisin (CEO de Tactilize) ou Nicolas Kayser-Bril (CEO de Journalism ++), je dirais que le modèle “plateforme + API + apps” a tout pour devenir le modèle “standard” (pour aller plus loin, voir ce diapo). À priori, ce sont les pure-players (e.g. Huffington Post, Mashable) qui seront les agents les plus incisifs de cette mutation. Mais il faut suivre aussi les intentions des “fournisseurs d’accès”.
Bref, on se dirige bon an mal an vers ne nouvelle complexité et on est (bien) loin d’un monde sans argent. /-)
Biographie
Destiné à faire de la recherche (en géosciences), Nicolas Loubet a pivoté de façon assez radicale en 2008 pour créer avec Stéphane, Mikaly et Benoît une agence de communication numérique (Umaps) pour les acteurs de la recherche, de l’innovation et de la culture scientifique. Depuis 2009, il anime la communauté Knowtex pour développer de nouveaux formats de narration numériques. Il travaille également sur le ‘design d’usages’ pour la start-up Bluenod.
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Kiss-bisouzoux,
MTM
PS: Vous trouvez que j’exagère avec mes discours ?? Alors jouez à “Eduque le troll” et tentez de gagner une entrée à la conférence internationale Crossroads in Cultural Studies 2012 et le premier ouvrage traduit en français de Henry Jenkins en relevant mes défis !
Paris, le 18 juin 2012
Chers lecteurs,
Avez-vous trouvé mon article caché et résolu l’énigme à l’intérieur ???!
Si oui, vous êtes désormais en possession de la dernière partie de mon adresse postale et d’un lieu que nous appellerons sous le nom de code “GDN”.
<retardataires>
Pour les autres, l’aventure vous attend par ici pour le défi n°1 et par là pour le défi n°2 ou encore de ce côté-ci pour le défi n°3
</retardataires>
A ceux qui ont réussi à recomposer l’ensemble de mon adresse postale, voici l’ultime preuve que j’attends pour que être convaincue que le transmédia n’est pas qu’un argument marketing…
OPÉRATION “GDN”
Je vous défie donc d’aller IRL à “GDN”, ce fameux lieu révélé lors de mon message caché et de prendre en photo un journal du jour devant une horloge publique pour marquer que vous êtes le premier (ou la première) à être venu(e) sur place accomplir l’ULTIME DÉFI.
Au dos de cette photo, inscrivez vos coordonnées et envoyez moi le tout par courrier postal à mon adresse.

Dès réception de la photo, je contacterai celui ou celle qui se sera rendu à “GDN” le premier avec date et heure faisant foi pour lui transmettre les lots promis, à savoir : 1 entrée au Congrès International Crossroads in Cultural Studies 2012 et 1 livre d’Henry Jenkins, La Culture de la Convergence (à paraître).
Allez, je vais aller dépoussierer ma boîte aux lettres, qui sait qui sera le plus rapide ?
Bizouxxx
MTM
Paris, le 11 juin 2012
Chers lecteurs,
Dans ma quête de savoir et en tant que grande smartphone-addict (même si un mobile sans connexion Internet n’a aucune valeur…), j’ai décidé d’aller rencontrer Laurence Allard afin de faire le point sur ce merveilleux outil d’intelligence.
A vous de bien juger !

Miss TrollMédia : C’est l’avènement d’une ère nouvelle : l’Internet va être présent partout, tout le temps. Cela, grâce au mobile. Le mobile est tout simplement l’outil rêvé. Il va régler tous les problèmes car il permet de s’adresser à tous, tout le temps. Ça y est, le rêve d’une humanité est réalisé : nous sommes connectés sans limite les uns aux autres et partageons le savoir mondial via cette petite extension de nous. Le mobile nous rend plus intelligent. Tu es surement aussi enthousiasme que moi sur le sujet, n’est-ce pas ?
Laurence Allard : A défaut de te troller chère Miss TrollMédia, je suis quand même obligée de tempérer ton enthousiasme prophétique car tu sais bien qu’aucune technologie ne règle en elle-même tous les problèmes et ne nous rend plus intelligents par elle-même. Le mobile n’est pas une baguette magique :)
Ce sont les usagers qui se peuvent donner la capacité d’en régler certains par leurs pratiques inventives, détournantes et ré-créatives de toutes les fonctionnalités du téléphone portable. Et ce avec tous les types de téléphones portables, même avec les plus simplets d’entre eux.
D’ailleurs, les innovations sociales outillées par le mobile ont été développées non pas pour les derniers smartphones à la mode mais pour des téléphones bons marchés aux mains d’ artisans africains ou d’agricultrices indiennes. Mais un certain esprit colonial règne encore dans le discours sur la technologie en France et il est difficile de faire admettre que la monnaie mobile a été imaginée en Afrique en 2007 au Kenya et qui est utilisée aujourd’hui par 70% de la population ou que les applications les précieuses en matière de mhealth sont les bases de données médicales collectées par SMS dans des régions du monde éloignées de toute infrastructure hospitalière. Le monde du téléphone mobile est global et son champ d’application couvre bon nombre d’activités humaines, qui vont de la communication interpersonnelle à la santé, de l’agriculture à l’information, de l’économie à la politique, de la diplomatie à la création. C’est ce que je m’emploie à faire connaître depuis Mythologie du Portable de 2010.
Etre connecté ce n’est pas donc seulement textoter pour se donner rendez vous entre copains, c’est aussi pouvoir envoyer de l’argent à sa famille restée au village et dans lequel il n’y aura jamais d’agence bancaire ou de recevoir des informations sur des médicaments contrefaits dans une région reculée sans soignants à proximité. Et tout ceci non pas grâce à une application pour smartphone par le biais d’un simple SMS. Ce que ces innovations sociales mobiles documentent c’est tout simplement l’ingéniosité partagée dans le monde entier par toutes sortes de populations, puisque l’on comptabilise 6 milliards d’abonnés en cette année 2012.
Ne confondons donc pas la force des hommes et des femmes avec celles de leurs machines donc.
Miss TrollMédia : Cependant, je dois noter que c’est l’Internet qui donne un vrai intérêt au mobile. Il faut bien dire que les téléphones-intelligents qu’on trouve actuellement doivent très peu à l’histoire du téléphone, mais beaucoup à l’histoire de l’ordinateur. Je crois même qu’ils s’inscrivent dans l’imaginaire cyborg. Grosso modo, tu es d’accord pour dire que le téléphone portable est une évolution darwinienne qui va réaliser la convergence entre l’humanité et la technologie, n’est-ce pas ?
Laurence Allard : Bon comme je viens d’en donner quelques exemples, les innovations disruptives du téléphone portable, c’est à dire celle qui ne consistent pas en de simples modernisations de pratiques existantes comme par exemple la conversation téléphonique, sont antérieures au déploiement de l’internet mobile. Et d’une certaine façon, les usages de l’internet mobile ne sont pas si disruptifs pour le coup. Les principaux usages du smartphone sont de prendre des photos ou des vidéos, de regarder ses mails et de naviguer sur le web. Toutes sortes d’usages qui se prolongent quelque peu du téléphone portable ou de l’ordinateur connecté à l’internet mobile, pratiqué d’ailleurs le plus souvent à domicile. Il existe désormais une panoplie transmédiatique agençant anciens et nouveaux médias, ordinateurs et téléphones portables à travers laquelle les pratiques se déploient.
Je te soutiens assez pour troller avec toi une certaine réification du transmédia comme produit d’appel de fidélisation des fans en communautés de clients. Le transmédia est bien plutôt une pratique ordinaire comme par exemple cet usage du double screening consistant à regarder la télévision sur un écran et en lire les commentaires sur les sites de réseaux sociaux depuis son mobile. Dans cette panoplie transmédia, les technologies de communication comme le mobile sont plus des « compagnons d’espèce » que des prothèses si l’on veut reprendre le réseau conceptuel de Donna Haraway. Le téléphone portable est certes une topique de notre subjectivité comme l’illustre la façon dont dans L’exercice de l’Etat la vie intérieure du ministre joué par Olivier Gourmet est symbolisée par l’interface de l’iPhone. Mais dans sa pratique, il n’est pas vécu non comme un membre en plus mais comme un support et un médium de réflexivité à la fois au plan de notre corporéité et de notre subjectivité. C’est le cas par exemple lorsque tu vois en mobilité un événement ou un paysage qui t’émeut ou te révolte et que tu le prends en photo avec ton portable et l’envoie pour partager tes sentiments.
A propos du Cyborg, je le dis tout net : plus on se situera dans ce paradigme mal compris du Cyborg comme post humain – je renvoie ici à la traduction du Manifeste Cyborg et autres essais. Sciences Fictions Féminismes - plus certaines propositions intéressantes de l’internet mobile comme la Réalité Augmentée resteront mal connues, alors qu’elles prolongent les dispositifs d’observation du monde inaugurés avec la Camera Obscura.
D’autant, qu’il y a des applications d’AR dans toutes sortes de domaines possibles comme celle de la Sunlight Foundation utilisant les données ouvertes par le gouvernement américain sur la destination des impôts et visualisant les institutions subventionnées dans la ville de Washington D.C.
Le temps de l’innovation technologique n’est donc pas forcément celui de la Science Fiction mais aussi celui de l’action ici et maintenant.
Biographie :
Laurence Allard est Maîtresse de conférences en Sciences de la Communication. Elle enseigne à l’Université Lille 3, vit à Paris et est chercheuse associée à l’Université Paris 3-IRCAV. Ses thèmes de recherches sont les suivants :
- Pratiques expressives digitales (web 2.0, remix, internet mobile…),
- Mobile et société (jeunes, femmes, santé, monnaie mobile, développement, diplomatie digitale…),
- Politique Technique et Art/Culture
- Culture des data (Internet des choses/Internet des sens).
Elle anime le wiki Cultures Expressives et les comptes twitter @laurenceallard, @politechnicart et @mythomobile. En 2010, elle a publié l’ouvrage Mythologie du Portable.
…………………….
A très vite les kikoo-lecteurs pour de nouvelles interviews.
Kizouxx
MTM
Ps : Je reste à votre écoute sur mon compte twitter et ma page facebook ! <3
Ps bis : Vous trouvez que j’exagère avec mes discours ?? Alors jouez à “Eduque le troll” et tentez de gagner une entrée à la conférence internationale Crossroads in Cultural Studies 2012 et le premier ouvrage traduit en français de Henry Jenkins en relevant mes défis !
Paris, le 8 juin 2012
Chers lecteurs,
Voilà, à ceux qui m’ont pris au pied de la lettre et m’ont envoyé leurs preuves comme quoi le cinéma n’est pas mort ou que la radio émet toujours, j’aimerai leur parler du journalisme pour mon TROISIÈME DÉFI !
<parenthèse> Pour les kikoo-retardataires, il est toujours temps de relever les défis n°1 et n°2 <3 <3 </parenthèse>
Disons-le, la presse d’antan, celle des rotatives et des doigts tachés d’encre, est bel et bien morte non ??

Aujourd’hui, on ne jure que par le journalisme de données ou data-journalisme. C’est une belle invention pour les personnes un peu flemmardes, qui n’aiment pas trop vérifier leurs sources et récupérer des contenus de-ci de-là.
Mais parfois, ce qu’on en dit sur certains sites, me donnent un peu envie de les hacker… Gnourf !!
Ils présentent une vision du data-journalisme qui ferait persister la vision du journalisme de presse écrite qui est morte avec l’arrivée du web.
J’ai marqué de ma QR empreinte, comme une tâche noire-écarlate, l’un de ces articles infâmes… Retrouvez mon empreinte sur cet article et flashez-là… cela vous permettra l’accès à mon avant-dernier défi !
A très vite,
Gros bigbisous
MTM
Ps : je reste votre dévouée sur mon compte twitter et ma page facebook ! <3
[video]
Paris, le 5 juin 2012,
Mes très chers lecteurs,
Certain(e)s viennent de me prouver que le Grand Rex continue d’être fréquenté et que finalement le cinéma n’est pas mort…comme je le prétendais ici.
Vous aussi, faites comme eux, et vous aurez droit à un bout de mon adresse pour peut-être me convaincre et gagner quelques petites choses.
Avant de passer au deuxième défi, parlons un peu.
Parce que, certes, certain(e)s m’ont bien envoyé une photo prouvant que le cinéma n’est pas mort, mais j’ai quand même l’impression qu’il est contrôlé et régi par des magnats des médias du divertissement, non ??!!
LE CINÉMA DE NOS JOURS
Regarde, dans son livre La Culture de la convergence, Henry Jenkins cite l’exemple de Warner Bros.Warner Bros, cette machine à blockbusters…
Warner Bros qui prétend faire du transmédia… en ouvrant à la visite ses studios de tournage de la tellement célèbre saga Harry Potter (tu en as entendu parler, je présume ???) !
Franchement, quand tu vois cette vidéo, tu ne peux que te rendre compte que le transmédia n’est qu’un alibi marketing.
Mais sérieusement, tu les entends parler ? Ils proposent une visite des décors des films Harry Potter pour que les visiteurs puissent profiter de « détails qui n’apparaissent même pas à l’écran ».
Des détails qui n’apparaissent même pas à l’écran ? Pour quoi faire ?
Je le dis : pour faire vendre ! Car j’ai bien l’impression que ces décors ont été créés non pas pour le film et l’amour du cinématographe en lui-même mais pour qu’ensuite on puisse vendre toujours plus d’Harry Potter, toujours plus de trucs et machins aux spectateurs-consommateurs….
D’ailleurs, tu remarqueras que dans cette vidéo, on interroge les acteurs… les acteurs qui servent de témoins et de porte-paroles à ce parc d’attraction.
Film et acteurs ne sont finalement que d’absurdes écrans de fumée !
Le cinéma n’est désormais qu’un zombi, gardé en vie pour alimenter les comptes en banque de certaines grosses machines de production.
JOUONS, MES AMIS
Mais bon, ça va, ça va, je me tais pour le moment. Et comme je suis fairplay et que certain(e)s d’entre vous déjà ont rempli mon premier défi… et place au DEUXIÈME DÉFI !
(J’ouvre la parenthèse.
Le défi numéro 1 reste ouvert à tous ceux qui aimeraient bien gagner un exemplaire du premier livre traduit en français de Henry Jenkins et une entrée au congrès international Crossroads in Cultural Studies, Paris 2012 ! Hihihi.
Je rappelle que pour ça, il faut relever mes défis car à chaque défi relevé, je vous révèlerai un bout de mon adresse .
Je ferme la parenthèse).
Poutoux les gens !
Gnak niark.
MTM
Ps : Et n’oubliez pas : follow moi on twitter et likez me on facebook !<3 <3
Paris, le 5 juin 2012
Chers lecteurs,
Vous le savez, la guerre est déclarée entre les transmédiens et moi…
Certains ont commencé mon ‘éducation’, en me prouvant que le cinéma n’était pas mort comme je le prétendais. Bravo à eux mais je n’ai pas dit mon dernier mot de troll !!!
Voici donc mon deuxième défi pour tous ceux, qui comme toi, veulent m’éduquer.

Si j’en crois vos photos, le cinéma n’est pas aussi mort que je croyais MAIS la radio est bien morte, n’est-ce pas ??
Ce jeune temps où je choyais mes transistors et où je côtoyais Churchill ou De Gaulle à la BBC est bel et bien révolu…
Ah, si tu savais combien mon ami Xavier De La Porte peut me rabattre les oreilles sur la radio !!
Dernièrement, il a même osé prétendre qu’il avait parlé de mes frasques à l’antenne !!! Il parait qu’il a parlé de moi dans une de ses émissions sur France Culture. Mais j’y crois pas trop…
Si tu me retrouves cette émission et me donne un lien où je pourrai l’écouter, je te donnerai la seconde partie de mon adresse postale (tu peux toujours réclamer la première partie de l’adresse postale en relevant le défi numéro 1 par ici)
Je te rappelle que j’ai 3 preuves à aller te faire chercher.
Au final, tu auras mon adresse postale complète et je t’expliquerai la façon de me réclamer comme il se doit l’entrée à la conférence Crossroads in Cultural Studies 2012 et le livre de Henry Jenkins en français que j’ai promis au premier qui “m’éduquerait”.
Je suis une troll joueuse, tu le sais maintenant.
Alors jouons,
xxx
bisous-doux,
Miss TrollMédia.
PS : Si tu veux des indices pour t’aider dans ta quête, tu peux toujours venir me parler sur mon compte twitter et ma page facebook ! <3
Paris, le 28 mai 2012.
Cher lecteur,
Alors, ça y est… La guerre est déclarée ?! Mais n’oublie pas que je suis une troll, c’est moi qui gagne toujours ! Malgré vos agressions lors de la conférence de Henry Jenkins, je l’affirme : le transmédia n’existe pas, car l’un des derniers médias a avoir vécu est maintenant disparu !
Magnanime, je veux te le prouver. Tente d’aller retrouver mon empreinte près du Grand Rex et avec ton téléphone, “flashe-le”. Si tu me prouves qu’il y a encore de la vie près de cet ancien cinéma qui doit être désolé de nos jours, alors que le web a tout supplanté, dans ce cas je te donnerai une partie de mon adresse postale.
J’ai 3 preuves à aller te faire chercher. Au final, tu auras mon adresse postale et je t’expliquerai la façon de me réclamer comme il se doit l’entrée à la conférence Crossroads in Cultural Studies 2012 et le livre de Henry Jenkins en français que j’ai promis au premier qui “m’éduquerait”.
Je suis une troll joueuse.
Et toi, tu veux jouer ?!
Allez, tout plein de kissous.
Miss TrollMédia.
PS : tu veux des indices pour anticiper les autres preuves que je te demanderai d’aller chercher ? Regarde mon mur Facebook !
Paris, le 25 mai.
Mon cher lecteur,
Il y a une ambiance troll-hostile à cette conférence de Henry Jenkins… Mais je ne t’en veux pas, je sais qu’il est dur de comprendre qu’on s’est salement trompé sur toute la ligne.
Car, je sais ce que je dis, quand même ! Le transmédia est une théorie fallacieuse (je l’ai dit ici). Lorsqu’un média apparaît, il remplace celui qui l’a précédé (j’ai expliqué le phénomène là)…
Aujourd’hui, c’est la suprématie du web. Pour preuve : tu es sur mon site web, n’est-ce pas ?!
Mais puisque tu es persuadé(e) que je me trompe, souviens-toi du cinéma…
Ah, le cinématographe et son avatar dégénéré qu’était la télévision…! Mais bon, j’avoue qu’au début j’ai eu des moments sympa là-bas, en regardant les informations cinématographiques. Le tout Paris s’y pressait pour voir les nouvelles de la planète.
J’avoue que je me plaisais à laisser des empreintes d’un genre un peu particulier aux alentours du Grand Rex – quelque chose qui prouve que j’ai toujours été en avance sur mon temps…
J’aimais marquer les grandes actualités de cette façon. Prouver ma présence - une sorte de tag ou de graf en fait, que j’ai présenté à mon ami Jack Lang et qui en a tout naturellement fait son cheval de bataille.
Le Grand Rex… Comme ce doit être triste et désolé à présent, maintenant que plus personne ne va au cinéma.
Tiens, toi qui viens à une conférence sur le transmédia, toi qui es si sûr(e) que les médias peuvent dialoguer entre eux, toi qui te crois capable d’éduquer une troll comme moi, je te mets au défi de me prouver qu’il y a encore un peu de vie là-bas…
Tu comprendras vite ce que je veux dire en allant trainer autour du Grand Rex – s’il existe encore, bien sûr.
Retrouve mon empreinte et sers-t’en pour m’envoyer une photo des lieux.
COMMENT CA, QU’EST-CE QUE TU Y GAGNES ???
Ah, tu cherches à m’éduquer ?! C’est moi qui vais te donner une bonne leçon. gnark gnark gnark. Ça te fera les pieds. Niark… Et pour pimenter le jeu, je te propose qu’on reconnaisse publiquement sur LE réseau des réseaux celui qui aura battu l’autre.
Mais pas tout de suite… après qu’on se sera un peu amusés tous les deux, je te filerai mon adresse pour que tu m’envoies LA preuve ULTIME de ce que tu avances avec tant de crânerie, que le transmédia existe…

Et si t’es sympa dans ta défaite pathétique, je t’inviterai peut-être, dans ma grrrrande mansuétude à m’accompagner là bas. C’est un congrès, un colloque, un endroit où l’on discute de choses et d’autres dont de transmédia. Ça risque de te plaire, non ?
Alors, prêt à relever le défi ?
Allez, je vais aller lire une ou deux lignes du livre de Henry Jenkins La Culture de la Convergence (il parait que c’est le premier livre de Jenkins en français, la belle jambe!)… Je crois bien que je te filerai aussi un exemplaire quand on se verra.
Poutoux baveux quand même à tous ceux qui tentent de m’éduquer !
A très vite,
Miss TrollMédia
___________<3
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Paris, le 25 mai 2012
Chers lecteurs,
Il est des individus qui reconnaissent l’existence des Trolls. C’est une bonne chose.
L’un d’eux Antonio A. Casilli est l’auteur d’un article intitulé : “Pour une sociologie du troll !”.
Il fallait absolument que je le rencontre ! A vous de bien juger !
(Et je vous rappelle que ce soir je serai là , une décision que j’ai prise ici).
Miss TrollMédia : J’ai lu l’article de votre blog “Pour une sociologie du troll“…
Antonio A. Casilli : Je vois. Vous n’avez pas apprécié et cela va m’attirer des ennuis…
Miss TrollMédia : Vous qui aimez tant parler des trolls mais ne leur donnez pourtant jamais la parole, pouvez-vous m’expliquer comment il est possible de s’arroger la position de non-troll ?
Antonio A. Casilli : Je ne m’arroge pas la position de non-troll. Au contraire, je suis profondément convaincu qu’on ne peut pas ne pas être troll à un moment ou à un autre. On est toujours le troll de quelqu’un d’autre. Si j’étais un sociologue du XIXe siècle j’en tirerais une loi sociale : « pour tout individu X, il existe au moins un autre individu Y tels que X soit en position de trollage par rapport à Y en ce qui concerne un domaine ou une question spécifique ». Le troll est une catégorie relationnelle, qui n’a rien de subjectif.
Miss TrollMédia : N’est-ce pas une question de point de vue ?!
Antonio A. Casilli : Oui, bien sûr, c’est une question d’aller-retour incessant entre une opinion exposée par un locuteur et une contre-opinion souvent complètement décalée, portée par celle ou celui qui occupe la place du troll. Cette dernière est une place que l’on ne choisit pas parce qu’elle est commode, mais parce que l’accès aux autres positions nous est défendu. J’ai envie de dire, avec Bertolt Brecht, que l’on s’assoit du côté du tort puisque toutes les autres places sont occupées.
Miss TrollMédia : En quoi n’êtes-vous pas, vous, un socio-troll qui empêche la société de tourner en rond ?
Antonio A. Casilli : Allons, allons… Je suis l’un des hommes les plus exquis de la profession. Un véritable gentleman.
Miss TrollMédia : Ce que vous appelez Troll est en fait un esprit libre et brillant. Ne pensez-vous pas, à ce titre, que l’amateur, le public qui est amené à contribuer, participer à des projets collaboratifs sur le web est forcément un troll en devenir ?
Antonio A. Casilli : Libre et brillant ? Pas du tout. Le troll est un esprit bête et méchant. Je suis de l’école de Pacôme Thiellement, qui y voit la dernière incarnation de l’humour de guerre, qui va du bushido des japonais à Hara-Kiri du Professeur Choron. C’est un esprit polémique, au sens étymologique du terme, de “polémos”, de guerre en Grec, qui se dégage et qui fait de tout acte de publication - que ce soit un commentaire sur un blog ou une image sur 4chan - une déclaration de guerre. Cette guerre totale se déclenche à chaque fois que l’on cherche à forcer le public dans une posture passive de récepteur d’un message. Les projets collaboratifs sur le Web sont, de ce point de vue, les pires. Ils incitent le public à être libre mais pas trop, à prendre l’initiative mais pas le pouvoir… Rien d’étonnant, alors, que la réaction à ce ballet hypocrite soit le trollage. Voilà ce qui incite cette réaction, voilà ce qui réveiller le troll qui sommeille au fond de chacun d’entre nous.
Miss TrollMédia : Il est un peu habituel de dire “don’t feed the troll”… Comme si la supériorité de ces êtres exceptionnels faisait peur à tous. Moi, j’ai envie de transmettre mes savoirs aux publics ignares retranchés derrière leur ignorance crasse et haineuse - et en imaginant que ceux-ci soient capables de me parler… Pensez-vous qu’une dialectique du Troll soit possible ?
Antonio A. Casilli : C’est une dialectique impossible entre une thèse (celle du locuteur) et une antithèse (incarnée par le troll) qui ne se laissent pas réduire ni composer dans une synthèse finale. Le troll est un court-circuit de la discussion civilisée que la modernité nous a habitué à penser comme l’une des caractéristiques de l’espace politique idéal. La possibilité même de l’existence du troll témoigne du fait que la sphère publique dont parlait le philosophe allemand Jürgen Habermas, l’espace régi par la force intégratrice de la discussion, n’est qu’un leurre.
Biographie
Antonio A. CASILLI est maître de conférences en Digital Humanities à ParisTech et chercheur associé en sociologie au Centre Edgar-Morin (EHESS). Il est l’auteur, entre autres, de Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ? (Paris, Ed. du Seuil, 2010 ). Animateur du blog de recherche Bodyspacesociety et du fil twitter @bodyspacesoc, il est invité régulier à La Grande Table sur Radio France Culture.
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Vous trouvez que j’exagère avec mes discours ?? Alors tentez votre chance en relevant mes défis !
Kiss xxx
Miss TrollMédia
Paris, le 24 mai 2012
Chers lecteurs,
Cette fois, laissez-moi commencer avec une citation :
“Garde tes amis près de toi…et tes ennemis encore plus près.”
Michael Corleone
C’est ainsi, alors que je regardais en VOD (et sur mon écran d’ordi, n’en déplaise à Eric Maigret) Le Parrain 2 que j’ai compris qu’il fallait que j’y aille. Que j’y aille en vrai.
Où ?
A la conférence de Henry Jenkins, ce “pionnier des études sur les fans, théoricien célébré de la culture de la convergence” [sic].
Je serai donc présente demain à 19h en Grande Salle du Centre Pompidou pour éclairer les masses qui célèbreront, naïves, le transmédia. Car, j’entends bien me faire entendre.
Le transmédia n’est qu’une machination marketing, qui à force de vouloir tout faire sur tous les médias, ne fait plus rien au final.
Rendez-vous donc demain.
Et pour rien rater, vous avez aussi le streaming où vous pourrez suivre mes commentaires en direct grâce à Internet, un média que nous ne remercieront jamais assez !
Big bisous Kisssss
Miss TrollMédia
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PS 2 : Vous trouvez que j’exagère avec mes discours ?? Alors tentez votre chance en relevant mes défis !
Paris, le 24 mai 2012
Chers lecteurs,
La dernière fois, je vous ai dit ce qu’était le transmédia. Aujourd’hui, je voudrais vous parler de ce qu’est l’Internet et de la révolution qu’il représente.
Et quand je dis révolution, c’est avec en mémoire les événements de 1789 auxquels j’ai insufflé un vent de liberté de pensée.
L’Internet est une forme très évolué de communication, puisqu’il est le dernier média apparu. Cette place sur la frise du temps le place légitimement et sans contestation possible à la pointe de ce qui se fait de mieux dans ce domaine. Preuve en est de l’engouement qu’il suscite et des changements qu’il a opéré dans le paysage médiatique : notamment, la fin de la presse écrite, la destruction d’une industrie du disque qui n’avait pas envie d’évoluer. Le point commun à ces deux exemples sont,tout leur obsolescence technique: papier pour le premier, et plastique pour le second (avec un retour au vinyle parfois même).
Informer et se divertir n’a pas disparu.
Aujourd’hui, donc, l’Internet regroupe ses fonctions sur sa toile. Le réseau mondial sert de QG à tous ceux qui, dans l’air du temps, surfent nuit et jour. D’aucun nous appelle des no life sans se rendre compte que c’est eux qui se privent d’une fonction essentielle de l’évolution darwinienne: le cyborg en devenir comprend tout des enjeux de L’Internet et commence sa greffe psychique dès maintenant. Il ne va pas chercher une information sur l’Internet, mais c’est l’Internet qui la lui façonne.
Cette petite philosophie de l’Internet prouve sans nul doute que j’ai raison de penser que toute forme de message transversal, transmediatique, n’est qu’une impasse de l’évolution, un regard tourné vers le passé des faibles, incapables de comprendre comment avancer. Incapables d’apprendre à vivre dans le monde contemporain futur.
Comme Julien Dorra, je milite pour que l’on apprenne le code aux petits enfants. Et même qu’on n’apprenne plus que ça!
Allez, je vais prendre mon goûter (1 laitage + 1 fruit + 1 carré de chocolat) alors je vous laisse réfléchir à tout ça.
Kissous tout doux xxx
Miss TrollMédia
Ps : Vous trouvez que j’exagère avec mes discours ?? Rira bien qui rira le dernier ! Tentez de relever mes défis !
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Paris, le 24 mai 2012
Chers lecteurs,
Saviez-vous qu’il y a encore des gens qui n’ont pas twitter ?
C’est le cas d’Eric Maigret que j’ai rencontré pour qu’on discute un peu de sa position sur le transmedia car, finalement, qu’attendre d’un chercheur qui étudie ce média désuet qu’est la télévision ?
A vous de bien juger !

Miss TrollMédia : Franchement, aujourd’hui avec la TV en replay sur Internet et, mieux, des sites comme youTube ou Dailymotion, a-t-on encore besoin de la télévision ?
Eric Maigret : Lapalissade chère Miss Troll ! Sans la télévision et ses programmes dits fédérateurs (séries, émissions musicales…) il n’y aurait pas de replay ni d’extraits sur YouTube et Dailymotion de How I met your Mother ou The Voice. Pour que le transmédia existe il faut que les différents médias jouent leur rôle… Aucun média n’a fait disparaitre un autre au cours de l’histoire. Pas de disparition programmée de la télévision même en ces temps de convergence culturelle et, pourrais-je ajouter, tant mieux. Car si l’implicite est : “la télévision c’est devenu inutile et c’est nul” alors on bascule dans ce que l’on appelle le légitisme culturel, c’est-à-dire une forme de snobisme. Et le téléviseur n’est pas près de disparaître non plus : la plupart des gens ne souhaitent pas regarder la télévision sur ordinateur, tablette ou smartphone, par commodité.
Miss TrollMédia : En tant que lecteur de comics, cet abatage transmédia autour de Batman pour la sortie prochaine du film Dark Knight, ça vous fait quoi ?
Eric Maigret : En 1989, le premier Batman de Tim Burton avait été la plus grosse opération publicitaire de l’histoire du cinéma et l’un des plus grand succès de la décennie dans les salles anglo-saxonnes. Mais ce film a connu un véritable échec en France, preuve qu’il n’existe pas de formule magique ni d’influence directe du pre-merchandising. Avec Dark Knight nous entrons dans la plus importante opération transmédia en vue de la sortie d’un film. Je suis curieux de voir ce que cela va donner, tant du point de vue de la narration transmédia que du point de vue du succès en salles. Je suis assez fan des films de Nolan par ailleurs.
Miss TrollMédia : En zappant d’un écran à l’autre, les jeunes affaiblissent leurs références culturelles, ne s’intéressent plus à aucun sujet mais restent très superficiels. Cette perte de référence commune marque bien plus encore la mort d’une culture populaire que la mort d’une culture savante, n’est-ce pas ?!
Eric Maigret : Ce n’est pas entièrement faux de dire que l’appropriation des formes culturelles est devenue plus superficielle - au-delà de l’alarmisme habituel qu’il faut critiquer - en ce sens que le temps est de plus en plus haché par l’usage du numérique alors qu’il augmente comme stock disponible. Mais cela repose sur une adaptation qui ne s’est pas encore faite : l’internet grand public a à peine dix ans, les usages se cherchent… Et les jeunes se débrouillent de mieux en mieux avec les écrans, c’est aussi une compétence. A l’arrivée, il n’y a rien à craindre en soi du passage accéléré d’écran à écran, qui ouvre sur une culture originale, encore balbutiante à mon avis.
Biographie
Eric Maigret est professeur de sociologie des médias et études culturelles à la Sorbonne Nouvelle. Il dirige la collection Médiacultures (Armand Colin-INA) et a notamment publié Sociologie de la communication et des médias en 2003, Penser les médiacultures (avec Eric Macé) en 2005, Les raisons d’aimer … les séries télé en 2007, L’Hyperprésident en 2008. Sur la thématique des réseaux, il prépare l’édition française du livre de Henry Jenkins (Convergence Culture) et rédige plusieurs textes sur le concept de « culture de la convergence ».
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Kiss xxx
Miss TrollMédia
Ps : Vous trouvez que j’exagère avec mes discours ?? Alors jouez à “Eduque le troll” et tentez votre chance en relevant mes défis !